Manifeste pour la grève

MANIFESTE POUR LA GREVE

 

 

NON A L’ITINERAIRE, OUI A L’ITINERANCE

Il nous faut quitter les aires alarmantes pour plonger,  droit du sol, droit au sol, le regard pour mieux s’élever! Etre dans ses bottes,  saisir la mer par le bras, au détour d’une mare, dériver en toute impunité, sans surveillant de baignade.  Idem au ciel, à l’appel d’une aigrette,  enjamber des nuages, survoler des planètes, parcourir des estuaires. Il nous faut quitter les aires alarmantes pour plonger, se laisser aller  à ses pas, traverser des steppes et des déserts, ça et là, des critères : Conviendrait à naturaliste, ignorant l’érudit. Il nous faut quitter les aires alarmantes pour faire marche arrière.  Au décor, s’envoyer promener, dans l’antichambre de la mer qui monte ou de la mer qui descend. Aucune distinction.  Contre toutes les marches  qui sont au nom du cœur, de l’exploit ou de la circulation sanguine.   Aucune marche ne doit être forcée. Sur le rocher, gisant, abandonné, seul, soudain au sol,  pour ne pas perdre  la boussole, la solitude nous unit et ne se partage pas.  Nous ne sommes même pas nous, sur le principe d’aucun engagement. Nous ne tomberons pas plus bas, nous assistons à l’interrompu –brume adhérant à l’estran pour garder un moment, inouï, dans la situation actuelle –flou, vers des horizons nouveaux, Jusqu’à l’extrême.

 

BOYCOTT DU GR

Il nous faut refuser de partir d’un point pour aller à un autre. Il nous faut sortir du milieu et ne pas faire la ronde. Dire non à la collectivité du bavardage. Laisser les corps s’abandonner, délivrés de l’hygiénisme. Nul n’a besoin de courir  pour le salut de son corps. Nul n’a besoin d’un cerf volant pour rêver, encore moins d’une canne pour avancer. Le point de vue dominical du chemin petite bourgeoise s’est popularisé.  Où est donc l’opposition ?                                                                                          

 

LE PARTAGE DU TEMPS

Fuites et retrouvailles, introspection, extrapolation. Regarder son ombre, aussi.  Quand la terre est molle, il devient impossible de songer. Image par image, les accents s’enlisent dans la monotonie.  Reprendre la marche. Se mettre en grève. Assumer le baissant qui tend. Piquer un rire fou pendant que la mer va gronde. L’énergie a du flot, les intermittents cherchent à durer. Ils n’en n’ont jamais pour très longtemps, malgré les jours de marche à perte de vue, qu’ils aient pied dans la tangue, qu’ils évitent les souilles, qu’ils jettent à bas le joug de la servitude, debout face aux turpitudes. Lutte entre la terre et l’eau.  Vite alors, chevaux au galop, assenez le coup fatal. On ne se baigne jamais deux fois.

 

PAUVRE PECHEUR

Pauvre pêcheur, tu as perdu ta cote, pris dans la nasse, la nasse t’as pris dans l’agitation du monde. Je sais c’est toujours mieux quand ça mord, alors, imperturbable  tu soulèves ton rocher. Les politiques pudiques luttent contre l’excès de l’accès. Contre l’optimisme de la volonté, la raison est pessimiste. Ne faites pas de publicité à la grande marée basse. La grève est un territoire de marque à l’odeur parfois pestilentielle.  N’oubliez pas  la reproduction des faibles.

 

 

 

                           LE DROIT DE SE METTRE EN ARRET                                                                                                                                                                                                                 Il nous faut détruire la mécanique des programmes,  renoncer au masque du faire, pour avoir l’être, un nom à soi gravé à même le sable en toutes lettres et visible à l’œil nu. Pour l’union libérée de l’ipseïté maintenant dénudée. Où la présence de l’homme n’est pas indispensable, sur toute la surface. Qui est là pour te quoidire ? Non au contrôle social. Ton action !? Traîner des pieds ! En surplomb de l’horizon. Vérifier pour qui, et vérifier  pourquoi. Et que mon abréaction demeure, le temps de la révélation. Abaisser le coût de vivre et  renchérir le goût de vivre. Sinon sonnez coquilles vides et concassées. Alors l’humeur piétine. Vas y comme je   -Vas y comme je te coupe, ta parole est contre moi. Derrière leur pare-brise, des couples en solde, à l’abri du vent, chuchotent des réductions ou se font des promotions. Alors, on casse le prix de l’union. A moins que derrière la tractation, un préavis avant l’interdit,  émerge l’expression d’un rapport nuptial dépassant l’inédit. Alors l’accord est trouvé, l’amour peut durer. Des paysages choisis, non subis. Ça ne sent plus les égouts, ça sent la mer et les laminaires.

 

NI PLAGE NI DECHARGE

Ruines en roc, terrain vague, mauvaises herbes, crépidules et mollusques flasques de l’arrêté préfectoral, lichens caramélisés,  livrés par la dernière marée, sont les attributs de la nature dans son résidu.  Bidons de gazole cru, tonneau percé, polystyrène expansé, doigts  arrachés, souvenirs délattés livrés par la dernière marée, sont la lutte et la souffrance d’un peuple ! Mer douce, terre de sel, corps morts chassés, savourer l’empreinte, le pied fuyant, le corps marrant, une chaîne sans fin,  un danger isolé. De carrières en cimetières, laissez pourrir nos épaves, macérer nos pensées !  En faisant le tombeau de leur berceau, les coques renferment à jamais, ventre à terre, les miasmes et tous les restes. Il faut maintenant revoir les temps. La vie, enfin se conjugue au présent progressif.

 

LA GREVE EST NOTRE PATRIE

Allons plus loin, troubler l’histoire, à l’âge des pierres, déconstruire nos digues, depuis la civilisation jusqu’à l’énigme des murs tombés. Pourquoi l’abri du marin n’a plus de toit ? Comment les quais ont-ils  basculés ?   Pourquoi les cales ont-elles  interrompu le mouvement des hommes ? Anneaux squelettes, impossibles appontements, viviers du temps. Les navires désarmés tiennent à leurs amarres. De ci delà, les gisantes, affranchies de la propriété, sans aucune inscription au patrimoine de l’humanité, incarnent la vie, comme toujours. Un  pacte pour la paix ? Ici, résonance du cri, les oiseaux accompagnateurs  survolent les méandres de l’esprit. Ici, répond l’écho lointain de l’humain, qui, à sa juste place présente l’insouciance. C’est encore, au point limite d’en perdre la trace, guetter les pas camarades. C’est encore, au point limite d’en perdre la trace, l’être mâtiné d’un grand courant. S’écrier, au comble : Le peuple, c’est moi.

Les présents signataires appellent à une mobilisation de l’âme  

dans le respect de l’inouï.