Vision de l'homme

A moins d’un mille des côtes.

Michel LE BRIGAND

 

1ere rencontre avec la terre. 

 

Comme la terre émerge des océans, l’homme naît

au revers de l’horizon.

 

Sans lui, la côte serait maigre, les ports seraient vides,

les lieux déshonorés.

 

D’assez loin encore, d’abord photographié

puis filmé à la jumelle, scruté à l’œil nu,

l’Homme apparaît.

Est il un ou multiple ? 

 

Depuis le néolithique, l’homme possède le même corps.

 

Le premier pas.

 

Se dessine la côte qui va suivre 

Une région commence.  On est arrivé sur le point

de l’autre coté, aux marges de l’immensité traversée.

On ne doute pas de l’apparition insolite :

Le port et ses escaliers, sa jetée, son café.

 

Est-il  encore une expérience à vivre juste aux abords ?

Atteindre le point noté sur la carte.

Un coup de crayon fixe  !

 

 

 

Points de vues multiples.

 

L’Homme. L’homme ?

Il apparaît pour la première fois, sans sexe ni couleur,

rassemblé, immobile, contenu dans l’étreinte de liens puissants,

Un flux invisible.  

 

Il porte en lui l’immense et donne l’échelle au paysage.

Bougera ?

 

Cette fois, avec certitude !

Les figures sont exécutées dans un tableau vivant,

 les saisons et les jours sur un ciel de traîne.

 

 

 

 

En mer, perdre son âme

ou gagner la rive ? Le pas est décisif.

 

 

Aux antipodes de l’efficience, toute activité paraît futile.

Il va, il stoppe, tente de comprendre, mesure l’orientation

S’achemine vers la permanence.

Tout est là.

Il ne met pas longtemps à mettre au point sa destinée,

s’élance dans un parcours délimité sur la ligne de crête,

avant de disparaître.

 

 

 

Pourquoi atterrir ? 

 

Etre finalement en mauvais terme avec l’infini,

Vouloir des preuves.

Reprendre la lecture  des paysages,

Espérer des témoins, vérifier les traces.

 

Un voile de fumée.

 

Mais on a tout de même les pieds sur terre, car,

supprimez les témoins, il n’y a plus de décor.

Alors, faudrait-il reprendre la mer, à jamais ! ?

 

Il ne s’agit pas encore de contacts.

Sur l’horizon géographique,

une règle souligne la ville.

Un chemin perd les eaux.

Et le port est fermé.

 

Sinon, il y a encore une vie sur terre ! ?

Arbre-toit-champ-pilone-

La cadence est lente.

L’évolution -insignifiante, présage la mort de l’homme.

Personne. Juste un mur de ciment, des immeubles, la fumée.

 

Subitement, d’une simplicité comme nul autre,

confondu avec l’origine,

il fait son entrée et donne l’heure qu’il est.

Le voilà, il est juste.

 

Nous sommes au commencement et il est déjà là.

 

 

 

L’aperçu avant impression.

 

Il vient à la présence. L’Homme a une respiration égale,

partagée de l’inspire à l’expire. Halé,

millimètre par millimètre, non encore livré au rythme binaire,

dessinant une ligne, d’un point à un autre, la conscience tenue,

se place, et se déplace, circule, appesanti.

 

Tient !? Emerge une grandeur qui n’est pas lui mais dont il tient l’antenne. La loi de la pesanteur peut être ?

Une routine.  Il s’adapte à lui même.

Il montre un prisonnier volontaire ne voulant en rien

entrer dans ce qu’il est,

cherchant à s’échapper sur le front du ciel.

Ce n’est qu’une récréation sur le front de mer.

 

C’est pourquoi du mouvement à l’arrêt, l’immobilité fait demi tour.

Est-ce le temps de l’agonie ou de renaître ?

Tenu en laisse, le promené se distend.

On ne sait pas bien faire la différence

entre une vie de maître et la carrière d’un  chien. 

 

 

Soyez jusqu’au bout le maître de votre chien !?

Quelle humiliation de n’entrer pour rien

dans ce que nous sommes.

 

Et si le courant est contre,

l’homme se convertit en Appelant.

 

Attendre  la renverse.

 

 

 

Un désintérêt chronique.

 

 

Au point suivant,

Il reste à son endroit -imperturbable. Pourtant,

il n’y a pas de racines à nos pieds !

 

Si c’est un homme, il pêche.

Il pleut.

 

 

 

 

Une obsession et une seule

gagner la terre.

 

 

 

Un jour d’élection.

 

A moins d’un mille des cotes, de source certaine,

Un jour d’élection ! On parie !? Il est en grand nombre.

Il va élire le meilleur moment. Une passerelle contre les passades.

L’accord est au rassemblement, midi sonné.

L’expérience, déjà un plébiscite. 

 

Simple souvenir naissant à inscrire au patrimoine. Photo !

Sans aucun mérite, par un verdict surnaturel, une volonté libre,

il est choisi.

La beauté est démocrate. Il suffit d’être là ; D’être né là ?

Naturellement, se montrer digne de cette élévation.

 

 

Le mouvement de la mère.

S’il savait !

 

 

Le rassemblement

 

Au point éminent du chemin, tout Homme est porteur d’une révélation –en apparence. L’heure tourne à la force du poignet.

Il va bouger.

A t’il choisi d’aller au bout du monde ? Il se décide

Insouciant de l’eau, de la terre et des cieux,

marche au plus loin,

 

Subitement, il sacrifie une pose. Il s’installe posément, tel qu’en lui même,

le col fermé. Il obéit aux  ordres qu’il se donne, puis s’en retourne,

le geste accompli.

 

A-t’il vraiment fait le tour ?

 

 

Nous vivons dans l’horizon de notre volonté, de notre désir

sauf que des connivences se suivent. Il s’agit d’un véritable  défilé. Erreur de perspective ? Qui décide pour tous ?

Il est accompagné -organisé. Il ne forme qu’un -cerveau. A été ? Combien sont-ils ? Des complices. Il complote. Les silhouettes vacillent. Un rythme régulier où le singulier passe au pluriel. Il passe. Il dépasse un autre et rectifie l’univers. C’est dimanche.

Il n’a pas d’obligations.

Dans l’uniforme, son type se distingue. La lente parade a bien lieu.

Sans dommage, la foule se disperse.

 

La nuit tombe ensuite.

 

L’exploration des profondeurs.

 

Il prend un risque très mesuré à aller au fond. Du haut de la cale,

il ferre à l’instant, se penche avec grâce pour deviner un monde.

Un goéland lance un cri. Impossible de voir le prédateur ou ses intentions. Il est juste en train de joindre un poisson, un squelette

de crabe,  le reflet d’un nuage. Il s’incline, en surplomb du vivier,

égal devant la mort et revient aussitôt adresser les mots

à la surface des vivants. 

 

 

Il se penche pour avancer. Il est grave, joignant le geste à la parole. Que les pas viennent à la pensée, les pensées retournent au pas.

Au final, la conversation mène le pas.

 

 

Un coup d’épée dans l’eau.

 

Selon la fréquence du tempo dominical, il marche

d’un pas lent. Il est aux cotés d’elle. Soudain, il rompt

passe le premier.  Il ne pilote plus que pour lui.

La distance se creuse.

 

Autre cas de figure : Il s’entend parfaitement. Il marche

deux cent pas devant. Il mime. 

 

Autre cas de figure : Non las de converser,

il fait tenir les pas ensemble. Il entame une manœuvre :

Sortie -évitage puis entrée dans le port.  Est-ce qu’il vogue ?

 

Autre cas de figure : L’ascension. D’un seul coup de main,

d’une brassée le petit est soulevé de terre en direction du ciel.

Mais la loi de la gravité, impose à l’embrassé un retour immédiat.

 La caravane repart. On a confirmation de l’heure.

 

Autre cas de figure : Ne faire qu’un ou changer de forme.

Ils se sont accordés. Non pas deux mais quatre oreilles.

Voilà, la pose prise ; Une respiration pour deux,  momentanée.

Il est pour la première fois en dehors, les cheveux balayés.

 

 

Autre cas de figure : L’illusion de l’histoire.

Le petit trotte avec d’autre petit, trottent. Le grand a les bras ballants. Soudain, il fait un effort inexplicable. Alors qu’il se tient coi, il exerce une formidable pression vers le haut. Il soulève un lieu, une anecdote, toute une histoire, de faits avérés qu’il transpose et  dirige d’une main de maître. Mais la brume arrive, à couper au couteau.

Toute initiative devient futile. Maintenant le rempart est balayé.

Il disparaît comme une cheminée. C’est ainsi.

La côte est rayée. 

 

 

 

 

 

Le jeu de plage.

 

A première vue, il est toujours là.

Que la brume de beau temps se dissipe et la distance le permette,

 le voici posté sur le rivage à distance égale. On ne sait pourquoi,

 il précède le monde. Il se nourrit d’iode.

Immobile, debout, nu parmi d’autres, il se tient placé

au regard de  l’horizon. Une obsession. 

Ou il s’expose en pleine lumière, ou il tient conciliabule

sous de petites huttes. 

 

C’est le petit qui bouge le premier. Des trajets absurdes interrompus par des arrêts subits.

C’est aussi lui et son cri qui annonce l’échouage

proche.

Quand vient le cri, vient la palabre.

 

 

 

 

Les paroles surgiront avec les vagues.

L’homme est un animal de conversation.

Il marque la terre de son passage.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Une extinction.

 

Il va bien quelque-part mais ça n’a pas l’air d’être important.

Il est silencieux,

pris dans une habitude précise,

se comporte avec exactitude, légèrement aplati par la distance

sur le mur du fond.

Il va jusqu’au bout, revient, jamais débouté.

Il ne pense pas sa marche. Il va un peu plus vite au retour.

Il regarde enfin ses pas

et se laisse aspirer. Ondulation.

 

 

Larguer ?  Il rappelle une dernière fois, à la limite de la mer,

avec un masque aussi grand que le corps.

 

 

Ne plus se retourner.

Ni vu ni connu.

La figure de l’homme a disparu.

La mer est à tous.

 

Aucune espèce n’a prévu sa disparition,

excepté l’homme.